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Quels espoirs pour les gays du Maroc ?

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Personne ne croit à une avancée à court terme et pourtant...

 

L'Etat marocain reçoit des pressions extérieures multiples. Sur un plan diplomatique, (tous les 4 ans depuis 2011, la Commission des droits de l'homme de l'ONU demande des comptes à chaque Etat sur le respect des droits de l'homme y compris les discriminations à l'égard des personnes homosexuelles et transgenres). Des médias étrangers relatent désormais tous les faits divers relatifs à l'homosexualité ; cela a obligé l'Etat à reculer sur certaines condamnations ( voir l'affaire de Beni Mellal en mars 2016 ou en octobre 2014 pour un homosexuel anglais). Aujourd'hui, le respect des libertés individuelles fait partie de l'image d'un pays

 

La société civile s'organise et réagit. L'Etat peut empêcher la création d'associations mais pas celle de pages facebook et les réactions spontanées sur les réseaux sociaux.

 

Le Maroc est un pays touristique et les gays étrangers y circulent librement. Comme ils disposent désormais de droits dans leur pays, ils ne se cachent plus. Le personnel des hôtels est désormais formé pour les accueillir avec respect. La présence de gays se banalise...

 

Les jeunes gays marocains se comportent différemment. Autrefois, partout dans le monde, les jeunes gays se posaient beaucoup de questions en prenant conscience d'être différents. Aujourd'hui, par internet, ils ont très vite conscience que leur différence est partagée par beaucoup d'autres personnes, que dans d'autres pays ils auraient des droits. Du coup, leur attitude change, certains sont frustrés, d'autres en colère et certains enfin s'affirment. Ils le feront de plus en plus.

 

Les films, les infos se mondialisent. Aujourd'hui de nombreux films évoquent ouvertement l'homosexualité ; de nombreux artistes, sportifs et hommes politiques font leur coming out... La population marocaine baigne aussi dans les nouvelles idées qui parcourent le monde ; imperceptiblement, elle s'adapte.

 

Le monde change à vive allure et cela s'accélère. Fin des années 80, nulle part au monde les gays n'avaient de droits réels ; depuis, chaque année de nouveaux pays accordent aux gays les mêmes droits qu'aux hétérosexuels. L'affaire Weistein ou le suicide d'un marchand ambulant à Sidi Bouzid en décembre 2010 ont montré qu'un simple fait divers, par la réactivité des réseaux sociaux, peut embrasser un pays, un continent, le monde... Les gays au Maroc vivent en totale insécurité ; chaque jour certains se font voler, séquestrer, racketter... ; qu'un gay étranger célèbre soit victime à son tour de cette situation, voire tué, et ce scandale sera enfin révélé par tous les médias, les réseaux sociaux.

 

La place de la religion va s'amoindrir. En Espagne, en Irlande, en Italie, il y a 30 ans, le pouvoir de l'Église était énorme, aussi grand voire plus grand encore que celui de l'Islam actuellement au Maroc. L'émancipation des femmes, la libération sexuelle, l'accès aux études ont bousculé la place de la religion; les gens veulent se sentir libre, agir avec leur sincérité mais plus se voir imposer des comportements. Ce changement est aussi en train d'arriver au Maroc; de plus en plus de jeunes vivent librement leur sexualité et, c'est nouveau, certains se disent athés.



 

 


01/07/2018
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Un mois dans le quartier gay de la prison

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Publié par La Dépêche (Maroc) | 5 octobre 2017

Propos recueillis par Y

 

"Avant de vous parler de mon séjour carcéral, je vais vous raconter comment et pourquoi je suis arrivé en prison. Il y a quelques années, je suis parti signaler la disparition d’un ami au commissariat central de Marrakech. Dès mon arrivée, les policiers me regardaient bizarrement.

 

On m’a demandé de montrer une photo de mon ami. J’en avais une sur le téléphone, que je leur ai tendu. C’est là qu’un des policiers a récupéré mon smartphone et a commencé à le fouiller. Ils avaient bien compris que j’étais gay. On m’a alors demandé si j’étais homosexuel, et moi, un peu naïf, j’ai confirmé. C’est là que la séance d’humiliation a commencé.

 

"Je me suis senti sali jusqu’au bout"

On m’a demandé si j’étais actif ou passif, si je le faisais pour de l’argent. J’ai refusé de répondre. Pour moi, si je n’étais pas pris en flagrant délit, je ne risquais rien. Mais j’ai vite compris que ce n’était pas le cas. Dès que je leur ai confirmé mon homosexualité, les policiers sont devenus beaucoup plus agressifs. On ne m’a pas frappé, mais on m’a copieusement insulté: on m’a traité de 'zamel', de 'donner mon cul à des étrangers'. Je me suis senti sali jusqu’au bout.

 

J’étais sous le choc, J’avais la boule au ventre. J’attendais juste que ça se termine. Ils ont fini par me relâcher, mais ont quand même gardé mon téléphone et ma carte d’identité. On m’a demandé de venir les récupérer le lendemain. Pour moi, j’allais juste venir récupérer mes affaires et ce serait fini.

A mon arrivée, le lendemain matin, ils m’ont laissé poireauter dans un bureau jusqu’à 18 heures. J’étais dans l’incompréhension. A un moment, un flic est venu, il m’a menotté et m’a jeté dans une cellule au sous-sol pendant 72 heures.

 

Je n’en suis sorti que trois jours plus tard, après de multiples interrogatoires, pour être emmené au tribunal pour 24 heures de garde à vue supplémentaires... J’ai vu ma mère entre temps, la pauvre m’a conseillé de ne pas leur dire que j’étais gay. Son visage est devenu blême lorsqu’elle a su que c’était trop tard.

 

Pendant les interrogatoires, on m’a posé des questions stupides, du genre: 'Pourquoi tu as des amis étrangers? Que signifient les photos qu’il y a sur ton téléphone? Est-ce que tu te prostitues?'.

A l’époque, je faisais pas mal de photos de mode, des photos qu’ils ont considérées comme étant pornographiques. J’étais atterré.

 

Malgré les efforts de la société civile pour la dépénalisation de l’homosexualité au Maroc, le code pénal criminalise toujours les relations entre deux personnes consentantes du même sexe au Maroc. Selon l’article 489 du code pénal, "est puni d’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 200 à 1.000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu du même sexe". Le ministre des droits de l’Homme, Mustapha Ramid, s’oppose farouchement à la dépénalisation de l’homosexualité.

 

Après la garde à vue, direction la prison vu que j’étais placé en détention provisoire. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais derrière les barreaux alors que j’étais venu déclarer la disparition d’un ami. Mon procès n’a eu lieu que trois semaines plus tard. Verdict? Un mois de prison. Donc je n’avais plus qu’une semaine de plus à purger.

 

Prostitution, trafic de drogue et… meurtre

Nous étions une vingtaine de personnes logées dans le quartier homosexuel de la prison, qui est aussi celui des détenus atteints de maladies contagieuses. Sincèrement, je n’étais pas totalement malheureux d’être logé avec des malades, même si je pouvais attraper une maladie à tout moment. Mais à choisir, j’aurais préféré choper la gale que d’être placé avec les autres détenus hétérosexuels, pas franchement tendres avec les homos…

 

Après, les occupants du quartier gay de la prison ne sont pas des enfants de choeur. À mon arrivée, plusieurs de mes co-détenus ont essayé de me titiller, de me provoquer, histoire de déclencher une bagarre. Mais j’ai pris sur moi. J’ai eu de la chance car le boss de la cellule, qui avait compris que je n’avais rien à faire en prison, avait décidé de me protéger.

 

Mais même si j’étais plutôt rassuré d’être en cellule avec des mecs gays, j’étais quand même toujours sur mes gardes. Car il faut savoir une chose, ces mecs ne sont pas tous condamnés pour homosexualité. De fil en aiguille, ils m’ont raconté pourquoi ils étaient là. Certains ont été emprisonnés parce qu’ils se prostituaient, d’autres parce qu’ils étaient impliqués dans des trafics de drogue, et l’un des co-détenus avait été condamné pour meurtre.

 

23 heures sur 24 en cellule

Dans ma cellule, qui devait faire dans les 12 mètres carrés, il y avait six lits pour 13 personnes. Autant vous dire que j’en ai passé des nuits par terre. Je n’ai eu droit à un matelas miteux que lorsqu’un détenu a été libéré.

 

Même si ma peine était courte, c’était psychologiquement très éprouvant. Il n’y avait aucune activité ou atelier auquel on pouvait participer, on était très isolé. Passer 23 heures sur 24 en cellule, c’est horrible. On ne peut même pas se dégourdir les jambes, on suffoque, on se pose mille questions.

 

L’ambiance était très anxiogène. Quand on a peu d’espace, on finit vite par se bousculer. Des bagarres et insultes rythment le quotidien de la cellule, dans l’indifférence des gardes. Une fois, un de mes co-détenus en a frappé un autre jusqu’à ce qu’il perde connaissance.

 

Dans son dernier rapport sur l’état des pénitenciers marocains entre 2015 et 2016, l’Observatoire marocain des prisons a constaté une "aggravation" de la surpopulation en milieu carcéral. "Celle-ci transforme la vie des prisonniers en un enfer et constitue une entrave à toute politique visant l’insertion", tranche l’organisme. Le centre de détention de Marrakech est celui qui souffre le plus de surpopulation. A fin 2016, le seuil de surpopulation de la prison locale de la cité ocre atteignait 328,42%.

 

J’essayais de minimiser les échanges avec mes co-chambres, mais on était tout de même obligés de communiquer, parce que nous étions entassés les uns sur les autres. Il arrivait même que l’on se prépare un tajine improvisé en cellule, grâce aux plaques chauffantes qui sont permises en cellule. Bien sûr, c’était super dangereux. J’avais toujours peur que la cellule prenne feu, surtout que tout le monde enchaîne clope sur clope à longueur de journée. Ah oui, j’oubliais de vous dire, les cigarettes en prison, c’est vital: elles font office de monnaie derrière les murs. On essayait donc de nous débrouiller une tomate par-ci, un oignon par-là et on se préparait une "gamila".

 

Traités comme des détraqués

Heureusement que ma mère m’apportait le nécessaire pendant les visites hebdomadaires, des livres, de la nourriture et des cigarettes que je partageais souvent avec mes co-détenus. Dans la prison où j’étais, il n’y avait pas de drogues. Les colis étaient minutieusement fouillés. Mais les détenus ont trouvé un moyen de contourner ça. Ils demandaient à consulter un médecin et faisaient semblant d’avoir des insomnies. Ils se faisaient systématiquement prescrire des somnifères et des antidépresseurs, avec lesquels, ils se défonçaient.

 

Les gardiens, qui sont censés maintenir l’ordre en prison, nous traitaient comme si nous étions des fous. Ils nous demandaient d’aller consulter un psychologue parce que selon eux, nous étions des malades mentaux.

Ils nous traitaient de pédés à longueur de journée. Une fois, pour je ne sais plus quelle bêtise, un de mes co-détenus a été enchaîné dans un bureau pendant un bon moment. On l’entendait crier de douleur toutes les deux minutes parce qu’ils se faisait cogner.

 

Une autre fois, un gardien de prison a surpris deux détenus en train de coucher ensemble, ce qui est strictement interdit. Les deux prisonniers ont été tabassés, histoire d’être dissuadés de recommencer. Leurs cris résonnaient dans toute la prison. Dans ma cellule aussi, certains couchaient ensemble une fois les lumières éteintes. Mais bien entendu, le lendemain, tout le monde faisait comme si de rien n'était.

 

Crises d’angoisse et claustrophobie

Les visites hebdomadaires étaient le moment le plus excitant et le plus douloureux à la fois. Chaque jeudi, ma mère venait me rendre visite. Il n’y a qu’elle et mon frère qui savaient que j’étais en taule. Mon frère était hospitalisé à l’époque, il ne pouvait donc pas venir me voir.

 

La visite était très brève, une dizaine de minutes maximum. Autant j’étais content de voir ma mère, autant je ressentais beaucoup de honte. J’essayais donc de la rassurer, elle qui stressait peut-être plus que moi. Je faisais semblant d’être à l’aise, de lui dire que ce n’était pas grave et qu’on me traitait correctement en prison.

 

De retour des visites, je craquais dans ma cellule. Je pleurais à ne plus pouvoir respirer. C’était très dur. Très vite, j’ai également commencé à faire des crises de panique. C’est aussi en prison que j’ai découvert que j’étais claustrophobe. Depuis, je ne peux plus dormir dans un endroit fermé. Et j’angoisse facilement lorsqu’une porte est fermée.

 

La veille de ma sortie, je n’ai pas fermé l’oeil tellement j’étais excité. Je pensais être débarrassé de tout cela, mais ça m’a suivi pendant longtemps. J’ai eu une grave dépression les trois années qui ont suivi ma sortie.

 

"Avant, j’étais le premier à faire la fête"

Des mois après ma libération, je faisais beaucoup de cauchemars. Je rêvais que j’étais encore derrière les barreaux ou qu’on me tabassait. C’était éprouvant. Je dormais très peu. Lorsque quelqu’un me réveillait, j’étais terrorisé.

 

Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé dans ma vie. Je ne suis plus le mec extraverti que j’étais. Avant, j'enchainais les apéros et les soirées, maintenant, j’évite tous les endroits où il y a beaucoup de gays, ça m’angoisse.

 

Les arrestations d’homosexuels au Maroc meublent souvent les pages de faits divers des journaux. En juin 2015, deux hommes ont été arrêtés pour s’être embrassés devant la tour Hassan. Leur identité a été dévoilée à la télévision publique. À Beni Mellal, un couple homosexuel a été lynché à son propre domicile en mai 2016, avant d’avoir été condamné à de la prison ferme. Les victimes ont par la suite été libérées après un procès en appel. En juin 2015, le lynchage d’un homosexuel sur la voie publique à Fès avait suscité l’indignation de la société civile. Ses agresseurs ont été condamnés à quatre mois de prison.

 

Il y a un an, j’ai changé de ville et me suis trouvé un nouveau job. Cela m’a permis de tourner la page. Même si les séquelles se sentent encore. Lorsque je vais dans une administration ou que j’ai besoin d’un papier, je tremble de la tête aux pieds. Je me sens très mal dans ces endroits.

 

Sur les sites de rencontre, seul moyen pour un mec gay de rencontrer quelqu’un, je suis encore très méfiant. Lorsque je parle à quelqu’un, je prends vraiment le temps de vérifier s’il ne me veut pas de mal, si ce n’est pas un flic. Je suis devenu très paranoïaque. Idem avec mes relations avec les gens. J’étais beaucoup plus extraverti avant mon incarcération, je me livrais plus facilement. Je suis très méfiant, encore aujourd’hui, alors que j’étais le premier à faire la fête."


17/10/2017
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Séance de motivation

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Les images de ces jeunes tangérois ont fait le tour des réseaux sociaux. Ils se baladent torse nu dans les rues de la ville de Tanger et prennent des photos avec ses habitants.

Organisée dans les quatre coins de Tanger, cette marche a pour objectif principal de « motiver les habitants de Tanger à pratiquer du sport ». C’est en tout cas ce qu’à déclaré l’un des participants.Les Tangérois ont accueilli chaleureusement cet événement car selon un des participants « Les Tangérois nous suivaient partout pour prendre des selfies avec nous, ou juste avoir quelques conseils ou informations. Nous avons même reçu plusieurs messages de personnes qui nous remerciaient d’avoir pris cette initiative ».

On apprécierait bien aussi, à Marrakech, une telle séance de motivation...

 

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28/08/2017
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Agression homophobe à Beni Mellal

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En mars 2016, une vidéo publiée sur les réseaux sociaux a montré un couple homosexuel marocain se faire agresser violemment par un groupe de jeunes. Après avoir forcé la porte et pénétré dans la chambre, tout y passe : insultes, menaces avec armes blanches et coups de poing. Les deux homosexuels ont été violemment filmés avant d’être jetés nus dans la rue, visages tuméfiés en sang. La vidéo n’est pas datée mais a été tournée à Beni Mellal, à 200 km de Marrakech. 

 

Ce n’est pas la première agression de ce type ; en juin 2015 à Fès, un homme, soupçonné d'être gay car travesti, a de la même façon été agressé par une foule. À la même période, le magazine Maroc Hebdo avait créé la polémique avec une couverture provocante intitulée «Faut-il brûler les homos?».

 

Plus choquant encore : Abdellah B., une des victimes, a été condamnée à 4 mois de prison ferme en vertu de l’article 489 du code pénal qui prévoit des sanctions de « six mois à trois ans de prison et d'une amende de 200 à 1.000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe », et, dans le même temps 2 des 4 agresseurs arrêtés (dont un mineur) n’ont été condamnés qu’à 2 mois de prison... avec sursis !

 

Si la population reste largement homophobe (des manifestations de soutien aux agresseurs ont même eu lieu à Beni Mellal), il y a une vraie évolution de la société civile qui s’est rapidement mobilisée. 20 associations marocaines de droits de l’Homme (AMDH, ALCS, GADEM, MALI, ASWAT, etc...) ont signé, dès le 28 mars, un communiqué conjoint appelant à la libération des deux victimes. Une pétition a été lancée recueillant plus de 69.000 signatures. L’affaire a pris aussi une tournure internationale : «Ce verdict va décourager les victimes de demander justice, il va aussi accroître la probabilité de crimes homophobes» explique Sarah Leah Whitson, directrice exécutive Human Rights Watch au Moyen-Orient et Afrique du Nord dans un communiqué publié le 8 avril. Une équipe de journalistes du Petit journal, émission phare de CANAL+ (France) a même été arrêtée alors qu’elle tentait de tourner un reportage sans autorisation…

 

La situation touristique délicate au vu du contexte international et la nécessité de défendre une image apaisée du Maroc ont peut être infléchi la réaction de la justice.

 

Dans le procès en appel (11 avril) Abdelaziz R., n’a eu que trois mois de prison avec sursis, la peine du premier a été transformé en sursis, alors que les peines des agresseurs ont été revues à la hausse : quatre et six mois de prison ferme ; un autre a écopé de trois mois de prison avec sursis tandis que le dernier a été innocenté selon les mêmes sources.


12/04/2016
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Homosexualité par Tahar Ben Jelloun

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L’automne dernier la justice tunisienne a condamné lourdement cinq personnes pour homosexualité. Suite à plusieurs agressions contre des personnes, une pétition a été lancée au Maroc pour dépénaliser cette pratique sexuelle. Elle a été adressée au ministre de la justice. Il ne faut pas se faire des illusions, mais avant de condamner, n’est-il pas honnête de s’interroger sur l’homosexualité, décrite par la loi comme une «pratique contre-nature».

 

L’agression fin mars dernier d’un couple d’homosexuels à Beni Mellal est grave. Non seulement les agresseurs n’ont pas été punis –l’un d’eux a été condamné à seulement un mois de prison–, mais c’est l’agressé qui a été condamné à 4 mois de prison ferme en application de l’article 489 du code pénal. La légitime défense n’a pas été retenue.


Laissons de côté la morale, la religion et les conventions sociales. Faisons un constat: 

D’abord l’homosexualité existe depuis l’aube de l’humanité. Ensuite, aucune société sur la planète n’est purement et uniquement hétérosexuelle.

 

L’homosexualité n’est pas une maladie, encore moins un crime ; c’est un état de fait objectif. Des personnes naissent et grandissent avec un seul désir sexuel, celui du même sexe. Face à l’autre sexe, elles n’ont aucune réaction, aucune émotion. Ces hommes et femmes sont nés avec cette particularité. Jean Genet disait: «Je suis homosexuel comme j’ai les yeux bleus». Alors que faire? Les condamner, les exclure, les exterminer comme avait fait Hitler ? Ou bien admettre leur différence et accepter que si nous nous ressemblons en tant qu’êtres humains, nous sommes aussi tous différents les uns des autres. Chaque être est unique et singulier. Il n’existe pas de par le monde deux êtres identiques. C’est ce que j’apprends aux enfants que je visite dans les écoles. Je leur répète combien la richesse humaine est dans la diversité et que le racisme est ce qui nie cette diversité pour en faire des inégalités: la nature a créé des différences, l’homme en a fait des hiérarchies subjectives, des inégalités. Ceci est valable aussi bien pour la couleur de la peau que pour la tendance sexuelle.

 

Il n’y a rien de plus naturel et légitime que de vivre sa sexualité en paix sans être montré du doigt, suspecté de je ne sais quelle perversité ou anormalité. Mais la société a ses pesanteurs, ses préjugés et ses conventions couvertes souvent d’hypocrisie.

 

Deux adultes consentants ont le droit de faire ce qu’ils désirent de leurs corps. En quoi cela dérangerait-il les autres?  Il faut cultiver l’indifférence quand il s’agit de différence.
Au Maroc, le sujet est de moins en moins tabou. L’homosexualité est condamnée. Souvent on ferme les yeux et on fait semblant que cela ne nous regarde pas. L’écrivain Abdallah Taïa a été assez courageux pour parler publiquement de son homosexualité. Il savait que cela allait déranger, bousculer les habitudes. Il en a parlé et aussi l’a écrit dans des livres. Mais il ne devrait pas être le seul. C’est en ce sens qu’il faudra admettre que les différences ne sont pas des anormalités et qu’il faut soutenir la campagne pour abroger l’article 489.

 

Faut-il préciser que l’homosexualité n’a rien à voir avec la pédophilie qui est un délit, un crime, puni par la loi. Dernièrement un hebdo marocain a consacré sa couverture à ce problème en titrant «Le Maroc, paradis pour les pédophiles». Des associations de protection de l’enfance veillent et s’activent. Mais que dire de ce qui se passe loin des villes, dans les campagnes où la promiscuité favorise l’abus sexuel des enfants et parfois l’inceste.

 

L’article 17-19 des Nations Unies reconnaît le droit des personnes homosexuelles à vivre leur sexualité. L’Afrique du Sud a lancé le projet d’une «dépénalisation de l’homosexualité dans le monde». Pas mal d’Etats refusent catégoriquement ce projet et maintiennent plus que jamais les lois dures contre les homosexuels qui peuvent aller jusqu’à la peine capitale. Heureusement le Maroc n’en fait pas partie, mais il considère cette pratique comme un délit puni de prison. Si l’Etat laisse se développer dans le pays une haine de l’homosexualité se traduisant par des agressions violentes, s’il ne protège pas des citoyens persécutés par des gens qui ont certainement des problèmes avec leur sexualité, c’est l’Etat de droit en construction qui se trouve empêché et saboté. Ce n’est pas en fermant les yeux qu’on fera disparaître un problème.


05/04/2016
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